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A PROPOS DE « JE »

 

A  PROPOS  de  “ je “

Quand vous décrivez le moment d’ouverture qui a été à l’origine de votre “Voyage”, et plusieurs autres fois dans le livre, vous dites qu’il n’y avait plus personne qui fasse quoi que ce soit, plus de ‘je’, plus de ‘moi’, à l’origine de ceci ou de cela. En fait vous parlez de non-dualité, et en même temps on a l’impression qu’il y a une personne et qu’il y a une expérience. Vous en parlez comme de quelque chose dont vous êtes témoin ; vous avez ressenti,  vous ressentez ; on a l’impression que vous êtes là et qu’il y a l’expérience  Je voudrais savoir la relation entre vous en tant que personne  et l’expérience elle-même.

Quand je dis qu’il n’y a personne, cela veut dire qu’il n’y a pas quelqu’un, à l’intérieur de ce complexe corps-esprit, Il n’y a ni individualité, ni entité. Mais la personne est là, un ensemble psycho-physique qui pense, élabore des concepts, ressent, et parle éventuellement. Cet ensemble qui dit ‘je’ peut dire aussi ‘moi’ … Ce n’est pas quelqu’un-entité mais la personne en tant que globalité, globalité individuelle au sein d’une Globalité qui l’enveloppe et la pénètre totalement.

 Ce n’est pas une entité individuelle.

 Ce n’est pas une entité individuelle, une personne définie par une coquille-moi.

En se plaçant au niveau de l’énergie on peut considérer la personne comme un complexe corps-esprit, qui est une certaine accélération de particules qui manifestent une apparence de corps physique.     Ces particules tournent d’une certaine façon  ici, d’une autre façon  à côté, mais c’est la même énergie qui s’in-forme, qui entre en forme. Et il n’y a pas quelqu’un, il n’y a personne à l’intérieur de ce tourbillon-ci de particules (ce corps physique qui est ici), ni à l’intérieur de celui qui est à côté.

On peut dire les choses autrement en faisant un parallèle avec une voiture.    Une voiture c’est une carrosserie, plus un moteur.      Le moteur, c’est un ensemble d’éléments qui, assemblés conjointement interagissent pour faire fonctionner la voiture ; c’est un ensemble d’éléments inter-agissants, mais il n’y a pas une chose distincte, isolée, séparée, qui serait le moteur du moteur dont dépendrait le fonctionnement de l’ensemble, le moteur du moteur considéré comme le “moi” du moteur.

Ce  non-moteur  à l’intérieur du moteur, ce ‘je’, qui semble, nous humains, nous faire fonctionner, de quoi  s’agit-il ?  – moi’, ‘je’ c’est la forme parlée dérivée de l’ego.

L’ego c’est quoi ?  C’est un concept  –  c.-à-d.  la représentation abstraite d’un objet, qui qualifie l’ensemble de cet objet, ici la personne dans son ensemble, l’ensemble physico-psycho-affectivo-mental, qui lorsqu’il  se désigne lui-même dit ‘moi’, et lorsqu’il parle, dit  ‘je’.   Ce ‘je’ désigne ce que désigne l’ego,  c.-à-d. la personne qui parle  –  l’ensemble de la personne  –  qui étant donné la complexité de son fonctionnement  a  la capacité de penser, de dire ce qu’il pense  et s’exprime par ‘je,  qui résume la pensée du corps-esprit , de l’individu vivant qui est là.

Cet ensemble qui dit ‘je, peut dire aussi ‘moi’, moi  un tel  ou une telle, une  personne, un être en évolution, en devenir –  mais non- séparé, non- isolé de l’ensemble de l’univers dans sa totalité. Comme pour tous les êtres vivants c’est un phénomène surgi de l’Un qui s’exprime  en tant  qu’oiseau, fleur, insecte, ou en tant qu’humain.  Mais dans tous ces êtres infiniment complexes  il n’y a pas une entité papillon qui fasse voler le papillon, ni une autre qui fasse chanter l’oiseau, ou grandir l’arbre.  De même, il n’y a pas une entité moi qui fasse fonctionner  l’humain.      La fleur, le papillon, l’arbre, l’humain, que nous étiquetons comme tels, sont des processus  en action, des organismes en changement, des situations en développement.

Lorsque Paul  qui est assis, se lève pour se mettre à courir, ce n’est pas l’entité Paul qui appuie sur un mécanisme et déclenche le mouvement du corps -esprit qui serait l’enveloppe de Paul.  C’est une multitude d’évènements concernant l’individu Paul dans son ensemble, des paramètres individuels en mouvement, et d’autres venants de l’environnement, lui-même en changement. Il y a mouvement individuel au sein du mouvement englobant d’évènements qui ne sont pas séparés mais interfèrent mutuellement. D’où il apparaît qu’il n’y a pas causalité directe mais interdépendante.

Par ailleurs, on peut voir également qu’une seule cause ne peut suffire à produire un effet, chaque cause étant en même temps un effet qui est lui-même la cause d’autre chose. Cela apparaît clairement dans le fait que les éléments d’une situation totale n’apparaissent pas tous en même temps, étant donné que les éléments de la situation d’aujourd’hui sont le prolongement de la situation d’hier, et ainsi de suite. Par ex le fait que Paul existe implique qu’il a eu des parents même s’ils ont disparu, et que les parents de Paul ont participé en partie à ce que Paul est maintenant, et une infinité d’autres paramètres qui ne sont plus évidents aujourd’hui.

On ne peut jamais décrire toutes les manifestations d’une situation globale, non seulement parce que chaque situation est infiniment complexe, mais parce que la situation globale c’est l’univers. L’univers qui est forme de Cela qui se déploie et se reploie dans des myriades de formes, d’êtres, d’évènements sans cesse en changement.

 Est-ce que ‘je’ en tant que noyau, en tant que fil conducteur, n’est pas indispensable pour que l’individu, la personne, l’être humain dans son intégralité puisse se révéler et exprimer son individualité ?

 Chaque individu est une manifestation unique du Tout, un acte unique de l’univers dans sa totalité comme la vague sort de l’océan, comme chaque branche est un prolongement particulier de l’arbre, comme chaque feuille émerge de la branche, différente et unique, parfaite en elle-même parce que reliée à l’arbre, non séparée de l’arbre. La feuille est dans l’arbre et l’arbre est dans la feuille, son prolongement et son accomplissement.               La feuille a-t-elle besoin d’une entité  ‘je’  pour s’accomplir, devenir feuille ? Pourquoi l’homme en aurait-il besoin pour donner forme à son individualité, à sa personnalité d’être humain ?   D’autant que en terme d’ego ‘je’  signifie séparé, isolé de sa véritable nature, tout prêt à s’opposer, dominer soi-même et les autres; conquérir, exploiter, tirer profit  de la nature et de ce qui la compose, de ses habitants, de l’espace, de l’atmosphère, sans s’occuper des résultats jusqu’à détruire l’environnement d’où nous sommes issus et dont dépend toute notre vie.

 Alors comment l’être humain en est-il venu, à la différence d’autres êtres animés, à fonctionner avec l’évidence d’un ‘je’ qui le ferait fonctionner ?

Pendant la période d’humanisation l’homme a développé un second cerveau dont la fonction est le mental discursif, nommé ainsi pour le différencier du mental perceptif qui est l’attribut de son cerveau premier  qui s’est déployé tout au long du règne animal et permettait à l’homme d’être pleinement intégré au monde dans lequel il vivait, directement, sans séparation,  par une perception-connaissance qui pénétrait et s’exprimait par tout son être, ses sens, sa sensibilité, mais sans formulation, sans mot.

De façon tout à fait différente, le cerveau second s’est développé en même temps que les membres supérieurs dégagés, la main commençait à fabriquer des outils, des objets pour mieux s’adapter au monde  environnant. D’action en réaction  entre la main et le cerveau, les objets et le monde extérieur, l’homme  en est venu à prendre conscience à la fois de la relation entre l’objet et lui, et de la séparation entre l’objet et lui.                                               Au fil du temps l’homme déploie ainsi son habileté, sa technique, en même temps qu’apparaissent des facultés mentales qu’il n’avait pas jusque-là, possibilités d’abstraction, d’idéation. Il nomme le monde, il nomme les objets, il  nomme ce qu’il ressent comme sa plus proche réalité psycho-physique, et la complexité de certaines langues aidant, cette globalité psycho-physique sera désignée par ‘moi’ qui parlant d’elle-même en viendra à dire  ‘je’.

Au fur et à mesure que le cerveau se développe, que ses possibilités mentales augmentent, que la technique devient de plus en plus omniprésente, le ‘moi’ colle au mental, s’identifie à lui et ne se connaît plus que comme mental-‘moi’. Et par un ‘glissement’ peut-être normal dans la logique de l’évolution, qui est peut-être une forme de l’entropie, se produit comme une  réification  du moi; il devient figé, sclérosé, chosifié.

Qu’entendez-vous par ‘glissement’ ?

Ce terme n’est peut-être pas  tout à fait adéquat, mais il m’a semblé pouvoir permettre  d’éclaircir le passage du concept à la chose, essayer de comprendre comment a pu se produire la réification de ce concept d’ego.                       Le mental discursif au fur et à mesure de son évolution en est venu d’une part  à acquérir  la capacité de formuler un concept, c.-à-d. une abstraction qui synthétise les divers éléments concernant un même objet (le terme objet étant pris au sens large de tout ce qui peut être perçu ou pensé par un sujet) d’où le concept d’ego. Et d’autre part, par la répétition de l’aller-retour mental cerveau-monde extérieur, c.-à-d.  ego-objet, s’est produit une sorte de concrétisation d’une enveloppe, comme les tours de fil successifs du ver à soie autour de sa chrysalide finissent par faire un cocon,  ressenti par l’individu humain comme une réalité concrète. Ce qui n’est pas le cas, mais apparaît ainsi pour le mental.

Une habitude mentale semble être devenue une réalité en soi, une sorte d’entité  logée quelque part à l’intérieur du corps, le plus souvent  au centre du mental,  qui semble  tirer les ficelles de la marionnette. Je fais ceci, je fais cela, je décide que les choses doivent aller dans ce sens -là, pour me protéger, assurer ma survie, avoir la mainmise sur tout ce qui pourrait porter atteinte à mon intégralité, mon identité.

Il est alors intéressant de se poser la question : Est-ce qu’une fiction, un mot qui se prend pour une chose, peut réellement accomplir un acte, conduire une action ? On peut essayer de trouver une réponse. Il y faudra une certaine attention, mais au-delà de l’impression première, si l’on est très attentif au changement des phénomènes, on devrait pouvoir rencontrer, si elle existe, une entité quelqu’un ou quelque chose qui dirige les opérations.

Par ex, quand Paul court, est assis, conduit la voiture  est-ce le ‘je’-entité de Paul qui est assis, court ou conduit la voiture ?  Il ne faut pas beaucoup d’efforts pour prendre conscience qu’il en va autrement  et voir que c’est l’ensemble corps-esprit-environnement qui est mouvement, action – même lorsqu’il est immobile; voir que dans toute mise en acte, dans toute action, il y a action mais il n’y a pas d’acteur, pas d’auteur de l’action, ce que l’on pourrait appeler le non-faire.

Il en est de même quand il s’agit de notre relation directe avec le monde, notre perception du monde par les sens. Quand  Élisabeth  regarde les fleurs, les plantes, les arbres, la nature, il y a regard mais il n’y a pas quelqu’un dans le regard. C’est un regard global qui inclut Élisabeth et l’environnement qui entre  dans son champ de vision ; le sans fond du dedans accueille l’infini du monde.

Quand elle écoute le bruit du ruisseau, il y a écoute mais il n’y a pas de ‘je’ pour entendre le bruit du ruisseau. Et de même avec le toucher, le goût ou l’odorat –  et le mental perceptif qui est l’organe de perception par excellence de notre monde intérieur et  du monde environnant, visible ou invisible, perceptible aux sens ou non.

Vous venez de nous inviter à voir ce qu’il en est de la réalité concrète de ‘je’, ou pas, mais qu’en est-il de ‘JE’ ?

Ce que je viens de dire à propos de ‘je’, pourrait être dit presque dans les même termes, à propos de ‘JE’. C’est une question d’échelle de grandeur; le petit ‘je’ et le grand ‘JE’, le petit ‘moi’ et le grand ‘MOI’, l’individuel et l’universel. De même que l’individuel n’est pas régi par un ‘je’, l’universel n’est pas régi par un ‘JE’. Au cœur de l’Un, au cœur du Tout, au cœur de Cela qui Est, il n’y a pas une entité suprême, un JE qui dirige le monde et auquel notre petit ‘je’, lors de nos expansion de conscience pourrait s’identifier.

De même qu’au niveau individuel ‘moi’ désigne l’ensemble de la personne, au niveau universel  “Moi” pourrait désigner l’ensemble de tous les phénomènes qui se déploient à partir du vide. La Conscience, première forme au sein de l’insondable, Conscience non-consciente d’elle-même,  qui devient Conscience d’être, d’être Cela, Cela qui Est, L’Un porteur de tous les possibles, mouvement,  vie, esprit et forme, relatif et Réalité. Cela est en nous et nous sommes Cela; un en Tout et tout en Un.

Alors comment l’être humain en est-il venu, à la différence des autres êtres animés, à fonctionner avec l’évidence d’un ‘je’ qui le ferait fonctionner ?

 C’est par la capacité particulière de l’humain qui a un cerveau plus développé ou autrement développé que les autres espèces animales, cerveau second qui a pris forme pendant la période d’humanisation de l’homme, le cerveau et tout le système nerveux qui en fait partie.

De ce cerveau second, a émergé la capacité de penser, d’avoir des idées, de formuler des concepts et de parler. Ainsi s’est formé l’idée de ‘moi’,  qui dans certaines langues en viendra à dire ‘je’. Je fais ceci, je fais cela, etc…

Dans ce contexte, ce mot ‘moi’, ‘je’ n’exprime  pas une réalité en soi; c’est un mot qui désigne un individu  dans son ensemble pour le différencier d’autres ensembles désignés par ‘toi’, ‘lui’. Par la suite  le fait de dire ‘je’ sera une manière très sophistiquée de se désigner soi-même en tant que personne; c’est le fait d’une élaboration très élaborée d’une langue qui n’avait certainement pas cours lorsque l’écriture s’effectuait avec des idéogrammes ou des pictogrammes. De même  les individus que l’on définissait par certaines de leurs caractéristiques ‘fleur de l’aurore’ , ‘œil de lynx’, se désignaient et désignaient de même les autres, ce qui évitait la confusion de se prendre pour une entité squelettique dépourvu de toute composante psycho-physique.

Chaque personne, chaque être est constitué de différentes et multiples caractéristiques, de différentes et multiples personnalités, nous le savons, nous le vivons; nous sommes ceci, nous sommes cela  et bien d’autre chose. Au lieu de dire ‘je’, nous pourrions dire ‘nous’, ce serait moins restrictif  On pourrait aussi utiliser un pronom impersonnel  neutre  ‘on’ par exemple qui ferait allusion au fait que nous sommes corps et esprit, matière et conscience. Mais par habitude, par facilité, parce que nous sommes façonnés par le langage, quand la personne exprime ce tout qu’elle est elle-même, elle dit ‘je’, je fais ceci,   je fais cela, etc… et l’on en est arrivé à oublier que nous sommes un tout; un tout en évolution, en devenir.

Néanmoins cette idée ‘moi’  est très intéressante, car elle a permis d’unifier, de structurer l’individu. Chacun pris séparément est à la fois une émanation de l’ensemble et unique en lui-même. Mais cet unique n’est pas figé, n’est pas séparé du fonds commun qui évolue en même temps que lui-même évolue, se complexifie, se transforme.

Ce que je dis là n’est pas le résultat d’un raisonnement, d’une réflexion  sur le sujet. C’est tout à fait concrètement vécu, et c’est ce vécu sensitif, perceptif qui a conduit à cette compréhension, à cette vision du contenu des mots.

Existe-t-il une relation entre  l’ego et la souffrance ? Pourquoi  ‘je’ souffre ?

Qui est-ce qui souffre ?

C’est moi qui souffre .

 Voilà. Vous venez de donner la réponse. C’est moi qui souffre, c.-à-d. la pseudo-entité-moi, qui ne se connaît que par ses marques, ses  limites, qui donnent à chacun d’entre nous l’impression d’être un individu isolé, séparé par son cocon.  Mais comme nous l’avons vu, nous ne sommes pas cette pseudo-entité ‘moi’; nous sommes le monde, et nous sommes ce que nous sommes, parce que le monde entier est ce qu’il est – chacun différent et unique, chacun essence, mouvement, action, vie, qui pénètre, modèle et accompagne notre forme individuelle.  Si le mouvement se déploie de lui-même, sans entrave, sans rencontrer de barrière, les phénomènes, les êtres apparaissent, évoluent  disparaissent en totale liberté, libres au sein du mouvement, même si en cours de route certaines particularités de constitution des êtres sensibles occasionnent ce que l’on nomme douleur physique, qui n’est pas forcément occasion de souffrance. La souffrance apparaît lorsque le libre mouvement est entravé, réprimé, contré, par la réaction, le refus, le rejet, qui sont quelques-uns des comportements spécifiques de l’ego.

Chaque être est un phénomène en action, une situation en développement.  La totalité du monde donne l’impulsion qui se joue selon la note unique et originale de chacun, qui pourrait se déployer sans dommage pour chacun de nous, si notre je-parasite intime ne venait se mêler de faire valoir sa propre interprétation, accaparant ce qui l’avantage, refusant ce qui le dérange.

Apparaît alors la souffrance née de la réaction de retrait, de saisie, de repli vers le cocon, qui s’épaissit de plus en plus. Refus de ce qui est  tel que c’est, refus d’entrer dans le changement, de couler avec la vie.   Une réaction devenue presque automatique tant ce fonctionnement mental est ancré en nous  individuellement et collectivement depuis nos premières années et depuis des millénaires.

La souffrance est totalement et exclusivement liée à l’ego; elle n’existe que par sa présence. Aussi longtemps que nous sommes identifiés à cet artefact  il y a souffrance et quelqu’un qui souffre. Quand la confusion disparaît, plus personne n’est là pour souffrir et la souffrance n’a plus de raison d’être.

Alors, quelle est la morale de l’histoire ?

 Peut-être pas la morale, mais une suggestion.  Si vous voulez que la souffrance disparaisse de votre paysage intérieur, si vous voulez en venir à ne plus pouvoir penser ou dire je souffre, essayez de trouver le moyen de dévider les fils de votre cocon, de dénouer ses nœuds, de gommer ses marques, et il en sera fait de lui comme d’un mauvais rêve.
Article paru dans 3e millénaire).

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