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Connaissance de soi et Conscience d’Être

Connaissance de soi  et Conscience d’Être 

Dans cet exposé nous allons approfondir ces deux propositions ‘Connaissance de soi’ et ‘Conscience d’Être’, pour essayer de voir si elles peuvent être mises en parallèle, ou bien s’il y a une divergence quant à l’origine, et dans le devenir.

L’expression ‘connaissance de soi‘ renvoie à un concept mental, la connaissance,  ayant pour objectif d’élucider un autre concept élaboré par le mental, donc mental lui-même : soi. Le terme soi, selon la fonction grammaticale utilisée, pouvant être  remplacé par moi, ou je. Les termes ‘moi’, soi’, ‘je‘, étant des mots, des concepts qui signifient une idée, une pensée, mais qui peuvent également désigner des êtres, des phénomènes, des processus en devenir ou en actualisation.

 

Comme le disait déjà Socrate « Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux ». Une expression qui pointe vers la connaissance de soi, avec la différence, que formulé de cette façon, nous sommes invités à initier une action.  Va ‘voir’ ce qui se passe au cœur de toi-même, et tu verras que ta réalité profonde est la même que celle qui est au cœur de l’univers et des dieux.

 

Dans notre démarche, ‘moi-même’ n’est pas seulement le concept mental, ‘moi’, ‘toi’ ou ‘soi’, c’est tout ce que nous sommes, notre réalité physique, psychique,  psychologique, spirituelle ; tout notre ‘être’ en devenir, en actualisation, en tant que partie et expression de la réalité formelle de l’univers. Ce qui est ici, en tant que chacun de nous, participe du même événement qui ‘est’ partout, qui s’actualise en  myriades de formes et d’évènements qui se déploient et se reploient de la non-forme ‘vers’ la forme, et inversement.

 

Ici, il n’est peut-être pas inutile d’ouvrir une parenthèse sur la signification du mot ‘être’, considéré en tant que verbe dans « cela qui est, qui devient », ou en tant que substantif : un ‘être’.  Qu’il s’agisse du verbe ou du substantif, être est un terme actif qui désigne essentiellement un processus en actualisation, un phénomène en in-formation.

Par exemple lorsque je dis : je suis artisan, je suis enseignant, musicien – je suis une femme, je suis médecin, couturière, artiste peintre, etc… Cela peut évoquer une  image issue d’un regard à un moment donné, mais il ne s’agit pas d’une désignation fixe, définie, permanente de la personne dont il est question. C’est simplement une sorte d’arrêt sur image d’une situation en évolution, en train de se déployer – tel que vivre, exister, devenir.

Quand il est question d’un ‘être humain’, qu’en est-il ?  Dans un premier temps, cela peut être l’image corporelle d’un humain dans telle ou activité, dans telle ou telle situation, à tel ou âge de sa vie. Mais au-delà, sous-jacent à l’apparence, c’est une infinité de sens qui sont inclus, tous porteurs de changement, de concrétisation d’une forme, d’expression de processus physiques, mentaux, psychologiques, métaphysiques, spirituels. Un ‘être’, c’est donc bien ce qui peut être nommé un processus en actualisation, un phénomène en devenir.

S’il s’agit du verbe ‘être’, c’est l’acte de mise en forme qui est concerné. Ainsi lorsque je dis : ‘je suis un humain’, cela veut dire : l’humain en devenir que je suis, actualise le potentiel de ce qui est nommé un ‘humain’ (la globalité individuelle nommée un humain). Mais il n’y a pas de modèle défini à priori, il n’y a pas de patron, d’échantillon de ce que doit être un humain, qui apparaîtrait d’un coup de baguette magique, copie conforme d’un modèle préexistant.

 

Il en est de même quand on fait allusion à l’Etre pour signifier le principe de l’univers. Il n’y a pas une entité, une substance fixe, inchangeante au sein des choses, des objets, des êtres, de l’univers. Il s’agit d’un processus en actualisation, en in-formation, en train de prendre forme. ‘Cela qui Est’ en devenir, (les phénomènes, les êtres) est l’actualisation de ‘Cela qui Est’ en tant que principe (l’Infini, l’Absolu). Cette prise de conscience de la nature de « l’Être », ou du « Soi », « Cela qui Est en devenir», mis en parallèle avec « l’humain en devenir que je suis », montre que le processus de ‘connaissance de soi’ et celui de ‘conscience d’être’ vont dans une même direction, connaître ce que nous sommes et comment nous fonctionnons.

 

Mais pour cela, il est nécessaire qu’intervienne un agent intermédiaire entre l’esprit et la matière où se rencontrent les phénomènes physiques, les situations relationnelles et les faits (et non des états) psychologiques. Selon notre expérience c’est la sensation, une sorte de pont entre notre réalité physique et la réalité informelle originelle, au point de contact des sentiments avec le corps, des émotions avec les sens. Et c’est par l’attention perceptive [1], dirigée au cœur de la sensation, que nous pourrons découvrir, prendre conscience de notre essence originelle fondamentale, la même qui est l’essence intime de tous les êtres, de toutes les formes, de tous les évènements, « l’UN, CELA qui est qui devient ».

« L’UN, CELA qui est qui devient »,  non-conscience à l’origine [2], nommée par l’humain occidental des temps actuels : la « conscience ». Non-conscience au tréfonds de nos cellules, qui pour devenir consciente devra s’éveiller, être éveillée à sa propre nature par l’attention, elle-même porteuse de conscience.

Lorsque l’attention est dirigée vers la sensation, cette attention-conscience rejoint la conscience interne de la sensation, qui à ce contact va s’éveiller et se percevoir comme conscience sensitive. Ce n’est pas quelqu’un, un moi-ego, une entité isolée, séparée, qui perçoit la sensation, c’est la sensation qui se perçoit elle-même comme conscience sensitive. C’est l’ensemble du corps sensitif que nous sommes qui se perçoit lui-même conscience sensitive, sans les limites de la personne, sans les barrières de l’ego, qui n’est autre qu’un artefact du mental discursif. Il n’y a pas de séparation entre le centre et la périphérie, plus de dedans et de dehors, c’est un tout qui se perçoit en tant que Réalité Une et sans limite.

On prend conscience alors que tout ce que nous sommes, toutes nos cellules, internes ou épidermiques, est de l’espace-lumière ayant pris forme, qui revêt une apparence de corporalité. Même pas un atome, même pas un électron, même pas une particule. Nous sommes un processus vibratoire vibration-lumière, une globalité vibration-lumière individuelle au sein d’une globalité vibration-lumière  infinie. Globalité vibrante individuelle, incluse et totalement constitué du même substrat que la globalité sans limite. Substrat vibration-lumière qui s’in-forme au sein de la non-forme. Tout ce qui est, et par là tout ce que nous sommes est vibration-lumière-conscience [2].

Vibration-lumière-conscience, première forme au sein de l’immobile. Vibration-lumière émergeant du vide qui par une accélération au-delà de toute mesure devient forme–énergie, l’univers, le monde animé ou inanimé, les êtres vivants dont l’humain que nous sommes, y compris les phénomènes mentaux. Dans cette globalité sensitive individuelle, de même nature et non-séparée de la globalité infinie, il n’y a pas quelqu’un, une entité, un moi ou un soi séparé, isolé de l’ensemble qui mène le jeu.

Mais dans la globalité infinie, au sein de l’UN, Cela qui Est, a pris forme  un contour, une image, qui délimite une globalité individuelle. Ce contour, c’est la trace du moi-ego imprimée par le mental, surimposée à une globalité sans séparation. Si ce contour devient transparent ou disparaît, c‘est la sensation de moi-entité qui disparaît.

Il apparait ainsi que la globalité vibrante individuelle que nous sommes, et la globalité vibrante universelle sont constituées d’une seule et même nature, la vibration-lumière-conscience. Ce qui inclue l’évidence que ce qui se passe dans la globalité individuelle participe de ce qui se passe dans la globalité universelle, et inversement. Ce qui veut dire aussi que agir sur ce que nous sommes c’est agir également sur le processus du devenir de l’ensemble, et entre autre, que parvenir à plus de conscience (non consciente) en nous-même, amène plus de conscience (non consciente) dans le monde.

Cela ne dépend pas de notre vouloir ou de la pratique du faire, cela advient de soi-même, par imprégnation de la partie qui est aussi partie du tout. Plus la « Conscience non-consciente originelle », « CELA, l’UN qui est qui devient » infuse notre être – plus la « Conscience non-consciente originelle », « CELA, l’UN qui est qui devient » infuse le monde.

 

Ce retour à l’origine, cette remontée à la source  vers la Conscience d’être,  c’est le chemin de la connaissance de soi. Creuser de plus en plus profond au cœur de nos cellules, atomes ou particules, remonter en sens inverse le fil de la pensée, c’est partir à la découverte de notre réalité. C’est un questionnement, une interrogation sur la nature de « Ce qui est » et que nous sommes.

C’est le challenge d’homo sapiens-sapiens, l’humain qui  sait qu’il sait, qui de par la virtuosité de son mental discursif apparu et développé par son cerveau tout au long de l’humanisation, en est venu à confondre la fonction de penser avec un ego-penseur : « Je pense, donc je suis ».  Phrase tout à fait pertinente, prononcée par le mental discursif qui nous a conduits, certes, dans de nombreux chemins de traverse, mais qui est aussi le privilège de l’humain des temps actuels qui essaie, parfois avec bonheur, de dire l’Indicible …  Avant la proche apparition  du nouvel Homo numéris [2] pour lequel les recherches et démarches de ‘connaissance de soi’ et de ‘conscience d’être’ ne seront plus qu’un assemblage, à l’infini, des 0 et des 1 du système binaire  informatique, ordonnancé au modèle de l’identification égotique.

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[1]  L’Attention perceptive – Article paru dans le numéro 123 de 3ème millénaire : Qu’est-ce que l’attention ? Ou à voir dans le site marigal.net – rubrique ARTICLES

[2] Sujet développé dans le nouveau livre de Marigal  ‘Le Secret dé-voilé’

 

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