MARIGAL.NET

Entretien 2

2° Entretien

Dans le précédent entretien, nous avons vu que nos émotions (qui sont la manifestation de la Réalité Essentielle qui est en nous) – expriment notre manière d’être dans le monde. Et que ‘être’ dans le ressenti de cela, c’est être.

Quand on utilise le mot « être », que signifie ce terme ? Qu’il s’agisse du substantif : un être, ou du ‘verbe’ être, ce terme est un mot actif, qui désigne un processus en action, un phénomène en in-formation. Par exemple lorsque je dis : je suis artisan, je suis enseignant, musicien – je suis une femme, je suis médecin, couturière, artiste peintre, etc… Cela peut évoquer une image issue d’un regard à un moment donné …mais il ne s’agit pas d’une désignation fixe, définie, permanente de la personne dont il est question. C’est simplement une sorte d’arrêt sur image d’une situation en évolution, en train de se déployer – tel que vivre, exister, devenir.

Quand il est question d’un ‘être humain’, qu’en est-il ? Dans un premier temps, ça peut être l’image corporelle d’un humain dans telle ou activité, dans telle ou telle situation. Mais au-delà, sous-jacent à l’apparence, c’est une infinité de sens qui sont inclus, tous porteurs de changement, de concrétisation d’une forme, d’expression de processus physiques, mentaux, psychologiques, métaphysiques, spirituels.

Un ‘être’, c’est donc bien ce qui peut être nommé un processus en actualisation, un phénomène en devenir. S’il s’agit du verbe ‘être’, c’est l’acte de mise en forme qui est concerné. Ainsi lorsque je dis : je suis un humain, cela veut dire : l’humain en devenir que je suis, actualise le potentiel de ce qui est nommé un ‘humain’ (la globalité individuelle nommée un humain). Mais il n’y a pas de modèle défini à priori, il n’y a pas de patron, d’échantillon de ce que doit être un humain, qui apparaîtrait d’un coup de baguette magique, copie conforme d’un modèle préexistant.

Il en est de même quand on fait allusion à l’Etre avec un grand E – pour signifier le principe de l’univers. Il n’y a pas une entité, une substance fixe, inchangeante au sein des choses, des objets, des êtres, de l’univers. Il s’agit d’un processus en actualisation, en in-formation, en train de prendre forme.

‘Cela qui Est’ en devenir, (les phénomènes, les êtres) est l’actualisation de ‘Cela qui Est’ en tant que principe (l’Infini, l’Absolu) – ressenti par l’être humain en tant qu’émotion.

L’émotion que nous avons définie comme étant une concordance de phase vibratoire de nous-même avec l’environnement immédiat, proche, plus ou moins lointain – et même cosmique. Ce qui permet une métaphore assez parlante avec l’astrologie, la première discipline scientifique à observer le cosmos … [vu par Homo sapiens dans les grottes de Lascaux et dans les cosmologies traditionnelles orientales] … qui dit ceci : « L’homme reçoit le cosmos à la naissance, ensuite il élabore ce qu’il a reçu ».

Autrement dit : la carte du ciel à notre naissance est l’image de notre manière d’être dans le monde à ce moment-là – qui va orienter la manière d’être de notre devenir. Et d’une certaine façon, ce germe de vie – on pourrait le nommer son empreinte génétique astrologique.

Ainsi on pourrait dire que l’homme reçoit à la naissance, le germe de ce que pourrait être son parcours de vie – de même que dans la graine est contenu la plante toute entière.

La carte du ciel à sa naissance, compte tenu de tous les paramètres qui le précisent, la position des planètes, les relations et les influences des planètes entre elles – oriente son mode d’être dans le monde, la manière dont son rôle va se jouer – en accord avec le mouvement des planètes et la modification de leur position les unes par rapport aux autres.

Ce qui est une autre façon de dire que l’homme actualise son destin tout au long de son parcours de vie. Il ne subit pas son destin, sa destinée s’actualise d’instant en instant dans ce qui est toujours le présent. « L’humain est », c.-à-d. l’homme-globalité en actualisation, est le déploiement de son destin d’humain.

Ce qui est aussi une autre façon de voir que ce n’est pas la pseudo–entité-moi qui dirige les opérations, mais ce sont les situations qui se développent d’elles-mêmes. Nous sommes des situations en actualisation, que nous ressentons en tant qu’émotion.

Mais il faut voir aussi que si les planètes influencent nos émotions, nos sentiments, à la racine de ce que nous sommes en tant que globalité – le mental-ego, le moi ‘identifié’, va s’approprier ces émotions, s’isoler de ce mouvement universel, et se jouer une histoire, son histoire … L’histoire de ses conditionnements, de ses interprétations, de ses jugements de valeur.

D’où l’intérêt de pouvoir distinguer le ressenti d’une émotion ‘de’ son interprétation mentale (à laquelle s’identifie le ‘moi’). Cette distinction étant vue, le ‘moyen habile’ qu’est l’attention perceptive va nous permettre de court-circuiter l’identification du mental-ego ‘d’avec’ la situation énergétique en devenir, et éviter les complications souvent douloureuses qui l’accompagnent.

Alors, ce moi, ce je, qui semble, pour nous humains, diriger notre vie, de quoi s’agit-il ? « Moi », je, c’est la forme parlée dérivée de l’ego.

Et qu’est-ce que l’ego ? C’est un concept – c.-à-d. la représentation abstraite d’un objet, qui qualifie l’ensemble de cet objet. Ici c’est la personne-globalité dans son ensemble, l’ensemble physique –psychique – affectif – mental, qui lorsqu’il se désigne lui-même dit « moi », et lorsqu’il parle, dit « je ».

Ce “je” désigne ce que représente l’ego, c.-à-d. l’ensemble de la ‘personne–globalité’ qui parle, qui agit – et qui étant donné la complexité de son fonctionnement ‘a’ la capacité de penser, de dire ce qu’il pense, et s’exprime par ‘je’ qui résume la pensée du corps-esprit de l’individu vivant qui est là. Cette globalité qui dit ‘je’, peut dire aussi ‘moi’, moi un tel ou une telle, une personne, un être en évolution, en devenir – mais non-séparé, non-isolé de l’ensemble de l’univers dans sa totalité.

Comme pour tous les êtres vivants c’est un phénomène surgi de l’Un qui s’exprime en tant qu’oiseau, fleur, insecte, ou en tant qu’humain. Mais dans tous ces êtres infiniment complexes il n’y a pas une entité papillon qui fasse voler le papillon, ni une autre qui fasse chanter l’oiseau, ou grandir l’arbre ; de même, il n’y a pas une entité moi qui fasse fonctionner l’humain … La fleur, le papillon, l’arbre, l’humain, que nous nommons comme tels, sont des processus en action, des organismes en changement, des situations en développement.

C’est l’identification au concept mental d’ego qui chosifie le moi, lui donne une apparence de réalité concrète que nous prenons pour notre identité : de la ‘pensée moi’ nous faisons une ‘chose moi – du ‘phénomène mental moi’ nous faisons une ‘entité moi’. Une pseudo–entité– moi , qui donne à chacun d’entre nous l’impression d’être un individu séparé, isolé, limité par la carapace de son cocon, qui a mal de ses limites, de ses barrières – à la fois pour lui-même et dans sa relation aux autres et au monde .

Et ceci n’est pas seulement le fait de chacun d’entre nous en particulier, mais c’est une réaction devenue presque automatique chez la presque totalité des humains, tant ce fonctionnement mental est ancré en nous – individuellement et collectivement – depuis nos premières années et depuis des millénaires.

Ce qui est fort regrettable, car cette identification au concept de ‘moi– ego’ est à l’origine de toute notre souffrance, mentale, psychologique, émotionnelle.

C’est là, le cœur du problème, car lorsqu’il y a souffrance, c’est toujours ‘moi’ qui souffre. La souffrance est totalement et exclusivement liée à l’ego; elle n’existe que par sa présence. Aussi longtemps que nous sommes identifiés à cet artefact qu’est l’ego, il y a souffrance et quelqu’un qui souffre. Quand la confusion disparaît, il n’y a plus de ‘moi’ pour souffrir, et la souffrance n’a plus d’occasion d’être.

Ainsi remonter à l’origine de la confusion de ‘je’ désignant une entité et du ‘je’ désignant une globalité qui s’exprime, nous permet de pointer vers l’origine de la souffrance. Et cela nous permet aussi de voir que cette confusion peut en premier lieu provenir de la confusion inhérente au langage, c.-à-d. le contenu des mots, ce qu’ils désignent, et la manière de les articuler, de les assembler – comme nous venons de le voir.

D’où cette étape utile et nécessaire de clarification du langage pour contribuer à nous éviter la souffrance et connaître le bonheur.

***