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Entretien 3

3° Entretien

Aujourd’hui nous allons aborder la capacité d’action de l’Attention Perceptive sur la douleur et la souffrance.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, pour illustrer le principe de l’Unité de tout ce qui Est, nous allons prendre l’image du tourbillon. Plus particulièrement l’image d’un tourbillon qui prend forme dans le cours d’un fleuve – le fleuve de CELA qui EST- le fleuve de la Vie.

Au sein du fleuve CELA-Globalité-Une, un tourbillon s’amorce, pour une raison quelconque, lorsque le coulement de l’eau rencontre un phénomène différent de son mouvement propre, un relief particulier, un courant différent, un autre tourbillon. Le tourbillon qui s’amorce n’est pas rajouté au courant de l’eau, c’est le mouvement interne du courant qui se transforme, se met à tournoyer d’une façon particulière. Le tournoiement constitue le tourbillon, lui donne sa structure de tourbillon – mais ce n’est pas un phénomène tourbillon limité par un contour étanche qui le sépare du courant. Il est mouvement au cœur du mouvement, constitué de la même substance que le courant lui-même. Le tourbillon et le fleuve sont la même eau en mouvement.

De même le ‘tourbillon-globalité individuelle’ que nous sommes n’est pas séparée, isolée de la globalité infinie, elle n’est pas non plus de nature différente de cette globalité infinie.

On peut noter aussi que le tourbillon fonctionne selon un certain ordre qui lui est propre. Ce n’est pas n’importe quoi qui fonctionne n’importe comment, sans être rigide pour autant. Il est apparu dans certaines circonstances, il peut s’amplifier, affermir sa structure, mais également de nouvelles circonstances peuvent amener des transformations, modifier son fonctionnement, jusqu’à ce qu’il se dénoue et redevienne le cours du fleuve qu’il n’a jamais cessé d’être.

Il en est de même pour nous humain, ‘tourbillon de conscience–énergie’ qui tournoie d’une certaine manière pour chacun de nous et pour les myriades de phénomènes de l’univers, et qui va se modifier, se transformer à leur contact. Ce que nous sommes en tant que globalité individuelle est sujette à transformations, ce n’est pas un phénomène déterminé une fois pour toutes. C’est un processus en perpétuelle relation avec tout et toutes les formes existantes. Cette ‘globalité-ci individuelle’ apparaît, se transforme, disparaît, c’est absolument la norme. En cours de route, des interférences, des ruptures peuvent survenir, c’est aussi la norme.

Selon la rencontre, l’influence, l’impact, entre la globalité individuelle et les myriades d’autre globalités qui sont corps de CELA, humains, phénomènes animés ou inanimés, terrestres ou cosmiques, l’être que nous sommes va évoluer, se transformer, au rythme du changement. Ce qui nous arrive dans le cours de notre vie, on ne peut pas dire que c’est moi, je, nous, qui l’avons fabriqué ; il n’y a personne qui l’ait fabriqué. C’est Cela – la Réalité Première, le Sans–Forme, qui s’in-formant sans cesse, remodèle la globalité universelle et la globalité relative que nous sommes- et réciproquement. Suivant l’influence, l’impact entre la globalité individuelle et les myriades d’autres globalités qui sont corps de CELA – phénomènes animés ou inanimés, terrestres ou cosmiques – le ressenti par l’être humain sera fonction de sa nature neuro-sensitive. Il en est de même pour les animaux dotés d’un système neuro-sensitif développé comme les mammifères par exemple – dont nous faisons partie.

Pour ces êtres-là, dont l’humain en particulier, un traumatisme pourra être ressenti en tant que douleur – qui, interprétée par le mental-ego, pourra accentuer la douleur – et se transformer en souffrance psychique et émotionnelle. Ce qui n’est pas le cas pour les catégories ‘inanimé’ du monde manifesté.

Par exemple, quand une branche d’un arbre se casse, tout le système énergétique au niveau de la cassure se trouve modifié, bousculé, remodelé ; mais étant donné l’absence de système neuro-sensitif, il n’y a pas de ressenti appelé ‘douleur’. Il y a perturbation vibratoire, énergétique, qui peut être perçue par des instruments de mesure éventuellement, mais il ne s’agit pas là de douleur ‘dolorante’.

Par contre, dans le cas où c’est le bras d’un humain qui est fracturé, le cataclysme énergétique au niveau de la cassure, relayé par le circuit nerveux, pourra concrètement être ressenti en tant que douleur – ce n’est pas absolu, et ce n’est pas toujours le cas – car le phénomène douleur est assez complexe – mais dans l’ensemble il en est à peu près ainsi. Or, si l’événement cassure survient, avec son corollaire la douleur, c’est parce que une infinité de paramètres individuels, collectifs, environnementaux, cosmiques, ont contribué à la survenue de cet accident – et donc cet accident est en phase avec le mouvement de l’univers. Si cet accident est en phase avec le mouvement de l’univers, la douleur qui l’accompagne est aussi en phase avec l’univers. Et un phénomène en phase avec ce qui est, ne peut pas être considéré comme « mauvais » en soi. Il ne peut pas non plus être considéré comme bon – puisqu’il nous fait mal, mais cela nous permet de voir l’interprétation toute relative des termes « bon » et « mauvais », « bien et mal », « ce qui est en place » et « ce qui n’est pas en place ».

Un exemple de relativité de bon ou de mauvais dans le cas d’un phénomène qui, au départ sans connotation particulière, aura à l’arrivée une coloration et des effets sans commune mesure avec l’origine. Vous connaissez sans doute ce que l’on appelle « l’effet papillon » … Un papillon dans l’hémisphère Nord, par exemple, volette de fleur en fleur … les vibrations de ses ailes se prolongent dans l’espace qui l’environne et rencontrent les vibrations d’autres éléments plus ou moins chargés énergétiquement, qui eux-mêmes sont en phase avec d’autres phénomènes eux aussi plus ou moins puissants … Multipliées à l’infini, toutes ces interférences, accumulations, télescopages, participent à la formation d’un ouragan quelque part dans l’hémisphère Sud …..

On ne peut pas dire que c’est le papillon qui a provoqué le typhon, mais c’est néanmoins un exemple du fait qu’un phénomène minime, de caractère plutôt neutre, peut-être même agréable, sans impact notable apparemment, va pouvoir entraîner à l’autre bout de la planète, ce qui ressemble à une catastrophe.

Mais est-ce une catastrophe ? C’en est une par rapport à des critères de civilisation, de population – donc des critères d’évaluation du mental humain – mais en lui-même, le typhon en tant que événement cosmologique fait partie des phénomènes ‘normaux’ dans le fonctionnement de l’univers physique de la Globalité universelle. Il n’est alors ni bon ni mauvais en soi – il apparaît l’un ou l’autre selon le point de vue sous lequel il est envisagé.

Quand il s’agit de nos propres bouleversements internes, de nos émotions, est-ce seulement nous-mêmes ‘globalité individuelle’ qui les avons provoqués ? ou n’est-ce pas tout autant parce que nous sommes en phase avec l’univers dans ses différents modes d’expression que les choses se sont passées de telle ou telle façon? Sont-ils bons ou mauvais pour l’individu si nous les replaçons dans la globalité ?

Avant d’envisager une réponse, nous allons voir ce dont il est question quand on parle de « douleur » et de « souffrance ». Quand on utilise le mot douleur, il s’agit principalement de douleur physique, alors que le mot ‘souffrance’ a une connotation psychologique ou émotionnelle.

La douleur physique c’est donc un ressenti sensitif de type désagréable, qui fait plus ou moins mal, qui provient d’une modification d’un processus énergétique au sein d’un organisme vivant, doté d’un système neuro-sensitif cérébro-spinal tel que l’humain et de nombreuses espèces du règne animal. L’intensité du ressenti-douleur sera fonction de la sensibilité du système neuronal de chaque espèce – qui lui-même peut varier au sein d’une même espèce. Plus le système sensitif est sensible, plus le seuil de douleur sera faible.

Ainsi chez un humain, un courant de même intensité pourra être ressenti plus ou moins intensément selon la sensibilité du système récepteur de l’individu. Par exemple, pour certains, un courant électrique de faible intensité entrainera une douleur immédiate ; pour d’autres il en faudra un peu plus – ou beaucoup plus pour que le seuil de douleur soit atteint … c.-à-d. pour que la sensation soit ressentie comme douloureuse. De plus, cette sensibilité pourra être modifiée par l’action de certaines substances chimiques – endogènes ou exogènes – ou par une action mentale – ou un phénomène de conscience tels que l’attention, la joie – ou une émotion : comme la peur, la colère, la dépression, etc. qui pourront intensifier, diminuer, ou transformer le ressenti.

Ainsi ce que l’on nomme ‘douleur physique’ (à un degré plus ou moins marqué), fait partie du fonctionnement naturel, normal, de l’humain, relativement à sa nature neuro-sensitive particulière.

La douleur est une perturbation physiologique suffisamment intense pour être dolorante, qui, conventionnellement ici, est différente de ce que l’on nomme la souffrance. Néanmoins, douleur et souffrance sont souvent liées – le phénomène douleur pouvant être prolongé, transformé en souffrance, lorsque le mental vient se porter sur la douleur, interpréter le phénomène douleur – pour lui donner une connotation négative. Inversement, une souffrance mentale, psychologique, émotionnelle peut avoir un prolongement perturbateur et douloureux sur le plan organique.

C’est le jugement et l’interprétation du ressenti-douleur qui entraine la souffrance. Souffrance qui peut provenir du refus de la douleur, du désir que la douleur ne soit pas là, de l’idée que c’est quelque chose de mauvais, d’injuste, l’affirmation que la vie ne devrait pas être douloureuse, etc. … et le refus de la douleur ajoute de la souffrance à la douleur et par là-même peut intensifier la douleur.

Ainsi la souffrance n’existe pas en tant que telle. Elle n’existe qu’en tant que pensée du moi-ego identifié. C’est l’identification à la pensée qui est à l’origine de la souffrance.

Par exemple, nous avons mal à la tête. Le mal de tête est là, la douleur est là, c’est un fait. La douleur est présente, mais il n’y a pas de souffrance – dans le sens que nous venons d’évoquer. Le mal de tête n’est qualifié ni de bien ni de mal. Il n’y a aucun jugement, c’est tout simplement un fait … La tête est un fait, de même que le mal de tête.

Mais si nous commençons à dire (et là, c’est le mental discursif réflexif qui intervient) Pourquoi est-ce que j’ai ce mal de tête ? … Et si c’était grave ? une tumeur maligne ? …ou que sais-je ? … Cela ne devrait pas m’arriver ! Qu’est-ce que j’ai fait pour avoir ce mal de tête ? Qu’est-ce que je vais devenir ? etc…

A ce moment–là c’est la porte ouverte à la souffrance … La peur de ce que peut signifier ce mal de tête, la peur de ce que peut entraîner ce mal de tête… C’est donc bien moi qui crée la souffrance, c’est le moi–pensée-mental-ego, qui crée la souffrance, ce n’est pas le mal de tête.

La douleur du mal de tête – (ou de n’importe quel nœud énergétique ou émotionnel) – est réel (en phase avec ce qui est) – la souffrance est une projection du mental.

C’est à partir de ‘l’histoire’ autour de la douleur que tout un processus pensée-mental réactif se met en route … qui va se prolonger en souffrance émotionnelle telles que la peur, l’angoisse, la colère, la jalousie, le ressentiment, etc. … qui vont avoir un impact dans d’autres parties du corps, la gorge, le plexus, le ventre, le dos, les bras, le cœur, les reins … avec tout le cortège de perturbations associées …

C’est le processus d’ancrage psycho-somatique, le conditionnement programmé de l’enchaînement douleur – souffrance, qui entraîne la souffrance – maladie, qui à son tour enchaîne la maladie-douleur …

C’est aussi la maladie- souffrance émotionnelle qui devient maladie–douleur _ et ça continue – et ça continue … C’est là le processus fonctionnel habituel pour un individu « normalement conditionné » (entre guillemets) tel que l’humain (dit)-civilisé de notre temps. C’est le privilège de l’humain en tant « qu’être pensant » normalement identifié à ce qu’il appelle son moi.

Car la douleur porte atteinte non seulement à son physique, mais aussi à Sa personne. Si mon corps a mal, c’est ‘moi’ qui ai mal – c’est ‘moi’ qui souffre. Si mon corps est en danger – c’est moi qui suis en danger.

D’où la peur du danger et le rejet de la douleur … la peur et le refus de ma douleur, qui sont l’un et l’autre cause de souffrance.

Or, la douleur étant une composante naturelle du fonctionnement de l’être humain, est ‘en phase avec ce qui est’, est le réel, sans doute temporaire, du fonctionnement de l’organisme humain.

Refuser la douleur, vouloir que la douleur ne soit pas, c’est refuser le réel, aller à l’encontre du réel – C’est déjà une souffrance. Ainsi refuser la douleur ne fait pas disparaître la douleur, mais ne fait que rajouter de la souffrance à la douleur.

Nous venons de voir le processus d’apparition de la souffrance … nous y reviendrons pour voir si l’attention perceptive peut nous aider pour en sortir.

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