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Entretien 4

4° Entretien

Nous avons terminé l’entretien précédent par ces propos : Si mon corps a mal, c’est ‘moi’ qui ai mal – c’est ‘moi’ qui souffre. Si mon corps est en danger – c’est moi qui suis en danger. D’où la peur du danger et le rejet de la douleur – la peur et le refus de ma douleur, qui sont l’un et l’autre cause de souffrance.

Cette réaction de rejet est immédiate chez l’humain conditionné. Dès que l’organisme humain ressent une douleur, même légère, une gêne, une contrariété, un mal-aise, le mental vient aussitôt voir ce qui se passe – et commence à se raconter une histoire – cherche les soi-disant pourquoi et comment de cette affaire. Et pourquoi ça m’est arrivé à moi, c’est la faute de ceci et de cela, d’un tel ou d’une telle – et qu’est-ce que je vais devenir, comment vais-je pouvoir prendre ma revanche ? … ainsi de suite.

C’est l’histoire autour d’une perturbation organique ou psychologique, qui rajoute de la souffrance à la douleur. Et cette habitude quasiment automatique du mental à s’emparer, et interpréter un ressenti physique – cette saisie immédiate et répétitive du processus vibratoire particulier qu’est la douleur – engendre l’attachement — qui accentue le phénomène douleur-souffrance.

D’où il apparaît que la souffrance est étroitement lié à l’attachement ‘pensée-douleur’. Ce qui nous amène à penser que le problème de la souffrance peut être résolu si nous connaissons un moyen pour mettre fin à l’attachement, ou encore mieux éviter l’attachement – puisque l’attachement, en lui-même, est souffrance, et le détachement est aussi une souffrance. Et comme la saisie est la ‘clé’ de l’attachement, il est important d’éclaircir ce mécanisme de la saisie, en essayant de décrypter son fonctionnement.

En regardant d’un peu près ce qui est là, qu’est-ce qui se passe ? Lorsque nous sommes en écoute perceptive d’un ressenti, entre autres et surtout un ressenti de type douleur … Dès que la moindre sensation apparaît, aussitôt le mental vient reconnaître ce qui est là … pour nommer le ressenti de ce qui vient de se manifester. C’est le fait de se porter sur le ressenti, qui saisit le ressenti. C’est alors la saisie qui crée un lien … qui engendre l’attachement.

Par la répétition constante, ce lien, que l’on peut comparer au fil du cocon-mental qui constitue l’ego, concrétise de l’ego, qui s’épaississant crée des limites, des barrières dures et douloureuses, et par suite il y aura souffrance de l’attachement et souffrance pour briser le lien de l’attachement … qui sont à la fois une douleur et une souffrance.

Ainsi l’origine de la souffrance c’est la saisie, elle-même suivie immédiatement d’une réaction. Presque automatiquement, le mental qui nomme, qui reconnaît, déclenche une réaction. Désir de retrouver ce qui lui plaît, ou rejet de ce qui le dérange.

Ainsi un sentiment, une émotion, une pensée qui est agréable à mon ego, je vais vouloir la retrouver, m’y attacher. Ou bien un sentiment, une émotion m’est désagréable, ou dérange mes conditionnements, je vais réagir à contrario. C’est la répétition de la réaction consécutive à la saisie qui concrétise l’attachement.

Mais si nous connaissons un moyen qui permet de rompre cet enchaînement saisie – réaction – attachement – détachement – souffrance, nous aurons la clé pour nous permettre d’éviter ou de nous libérer de l’attachement, et donc de la souffrance.

Il ne s’agit pas de rajouter un ‘plus’ quelque chose, il s’agit d’un dé-conditionnement … Nous ne rajoutons pas un nouveau conditionnement, nous dé-couvrons ce qui a toujours été là – nous enlevons le voile mental qui occultait la présence de la Réalité.

Comme nous l’avons vu à propos de l’attention perceptive : lorsque l’attention se dirige vers la sensation … l’attention, c.-à-d. la conscience, rejoint la ‘conscience interne de la sensation’, qui à ce contact se réveille et se perçoit comme « conscience sensitive ».

De même ici, quand l’attention se porte sur un lieu où est perçue une ‘sensation de type douleur’ – qui correspond à ce que l’on peut appeler un ‘nœud‘, un nœud énergétique – c’est de l’espace-conscience qui entre dans ce lieu … et va donc dénouer, ouvrir, dissoudre ce nœud.

Autrement dit : c’est l’attention- conscience’ présente au lieu de la perception, au cœur de la sensation-douleur, qui s’intercale entre la sensation et la pensée, et peut de ce fait, interrompre l’enclenchement de la saisie … et donc éviter la saisie …

C’est là, dans cet instant où la conscience est présente au lieu de la sensation et où, de ce fait, le mental ne peut intervenir, que se situe le maillon manquant qui permet d’éviter – ou d’interrompre l’enchaînement douleur-souffrance … C’est la ‘non-saisie’, et son corollaire le non-attachement.

C’est tout simple, c’est infime, mais c’est essentiel … Mais ce n’est pas du tout évident pour le conditionnement mental complètement compulsif de l’humain civilisé ‘homo sapiens–sapiens’ que nous sommes : Homo sapiens-sapiens – l’humain identifié à la pensée moi – l’humain qui sait qu’il sait’.

Pour lui, la connaissance réflexive a complètement recouvert la connaissance perceptive. Dès qu’il voit, dès qu’il perçoit la forme du monde, il l’interprète pour en tirer avantage et conforter son ego, ou le rejeter s’il se sent menacé. Ou il s’attache à ce qu’il appréhende pour en avoir plus et le renforce, ou il le rejette. L’un ou l’autre étant cause de souffrance à plus ou moins long terme.

Et ce phénomène-là, c’est le fonctionnement habituel de tout humain civilisé, c.-à-d. conditionné par l’identification au moi-ego … Ce n’est pas une faute, ce n’est pas un péché, c’est une déviance de fonctionnement, une mauvaise habitude, ou plutôt une habitude regrettable, puisque c’est là l’origine de tous nos maux.

Il apparaît ainsi que savoir éviter l’attachement – ou pouvoir se libérer de l’attachement ou du rejet, ce qui est la même chose – c’est se libérer de la souffrance. C’est aussi gagner la liberté … liberté d’exprimer ‘Cela qui Est’, sans le conditionnement réducteur et falsificateur du mental-ego.

C’est pour cela que nous appelons la non-saisie, la clé de la liberté … qui ouvre également la porte de la joie … Une liberté joyeuse, qui est la tonalité de base de notre façon d’être, quand il n’y a plus de « moi », de ‘je’ pour encombrer, limiter, l’expression de Cela qui est.

Si nous avons vu cela, si nous l’avons expérimenté ne serait-ce qu’une fois, nous savons que c’est possible. Le problème n’est peut-être pas résolu une fois pour toutes, mais nous savons que c’est possible et que nous pouvons le retrouver. Nous avons la clé qui permet d’éviter l’attachement, ou de nous libérer de l’attachement et donc de la souffrance. La libération de la souffrance étant une condition primordiale pour nous permettre d’accéder à la liberté et au bonheur.

Et ce-faisant, nous rencontrons un autre bienfait qui accompagne cette libération de l’attachement. En effet lorsque l’attention est dirigée vers le ressenti d’une sensation, d’une émotion – même douloureuse et souvent génératrice de souffrance – l’attention dirigée sur ce lieu sensitif, rejoint la conscience interne de la sensation, qui s’éveille à ce contact et se perçoit comme conscience sensitive – comme ‘vibration – conscience’- comme conscience –joie au cœur de nos cellules.

Ce n’est pas la douleur qui s’est transformée en joie, c’est la Conscience sensitive, la Conscience profonde, la Conscience Une – qui est vibration essentielle éveillée au cœur de nos cellules – qui se manifeste en nous en tant que, joie, paix, amour, sérénité.

La douleur physique n’a peut-être pas disparu, car la douleur étant une modification énergétique de la globalité vibrante que nous sommes, en phase avec la Globalité vibrante universelle … c’est par le fait que nous sommes un organisme sensitif, que cette modification énergétique est ressentie en tant que douleur.

Mais dans ces moments-là, la sensation-douleur est comme noyée dans un espace infini de joie, de paix, de sérénité.

Et très souvent, ce qui peut sembler paradoxal à priori, ce sont nos peines, nos difficultés, nos souffrances, qui sont une occasion de plus de conscience – une nécessité de plus de conscience – ce qui amplifie, densifie, la présence de la Réalité au cœur de ce que nous sommes – cette Réalité sans limite, qui est félicité.

Ce n’est pas une utopie, un mirage inaccessible – c’est là … ici … au bout de nos doigts, à la crête de notre sensitivité. C’est à notre portée, si nous cultivons l’habitude de nous familiariser avec une pratique qui va dans ce sens. Non seulement pendant les quelques moments d’un atelier, mais dans la vie de tous les jours – à l’occasion de la respiration qui est toujours là et accessible – à l’occasion des gestes de la vie quotidienne, qui sont le prolongement des mouvements simples que nous effectuons dans les ateliers – et aussi par l’écoute du ressenti sensitif des sens.

Nos sens, qui le plus souvent sont l’origine de nos attachements, peuvent aussi être occasion d’ouverture et de libération, si nous savons traverser l’image mentale du monde perçue par ces sens, image limitée par le conditionnement mental de la civilisation et de la culture. Une fois effacées ces limites par la présence de l’attention, il devient possible de dé-couvrir, de ressentir la vibration-conscience-sensitive perçue par les sens – en phase avec la vibration-conscience du monde.

Il ne s’agit pas seulement alors de l’éveil de l’esprit, simultané de la libération de la conscience des barrières de l’ego, mais également de l’éveil de la conscience sensitive de toute notre corporalité, la conscience cellulaire, libérée des limites surajoutées par l’interprétation mentale égotique du monde.

Le bonheur c’est cela , c’est le ressenti de tout notre être , de tout ce que nous sommes qui vibre à l’unisson de la Réalité vibrante originelle, qui est ici, qui est en nous et que nous sommes.

Et découvrir, éveiller la conscience sensitive au cœur de chacun d’entre nous, n’a pas seulement un effet sur nous-même, mais contribue à l’éveil de la conscience de tous les humains … Puisque ce que nous distinguons comme étant notre conscience individuelle est la même Conscience Une, la Conscience vibrante universelle au cœur de Tout ce qui EST.

Ainsi nous pouvons dire : « Plus la Conscience infuse notre être, plus la Conscience infuse le monde ». L’Un est en tout-tout est dans l’Un.

Rappelez-vous le cercle sur une page blanche ( in Le secret dé-voilé p-21)

Ce n’est pas en nous identifiant à la douleur d’autrui que nous lui évitons ou diminuons sa souffrance, c’est en éveillant en nous-même ‘la Conscience Une’, que pourra être facilité en l’autre l’éveil de ‘sa’ Conscience Une.

Autrement dit, c’est en dénouant les nœuds–souffrance de notre ego, que peuvent se dénouer les nœuds –ego-souffrance de l’humanité.Autrement dit, dé-couvrir le bonheur au cœur de nous-même ‘globalité vibrante individuelle’ – c’est donner quelque chance à chacun et à l’humanité dans son ensemble, de dépasser le piège désastreux de l’identification au moi-ego, et dé-couvrir à son tour un chemin vers le bonheur.

C’est cela l’amour et- ou la compassion : ça n’est pas seulement souffrir avec l’autre, c’est aussi être disponible, ouvert, pour accueillir sans jugement, toutes les expressions, toutes les expériences du monde, même celles soi-disant bonnes ou mauvaises – comme faisant partie de l’Unique – et les dissoudre ‘ici-maintenant’ – en nous-même – dans la présence de la Conscience Une.

Et de même que nous avons pu dire : plus la Conscience infuse notre être, plus la conscience infuse le monde – de même nous pouvons dire : plus l’amour et la compassion infusent notre être, plus l’amour et la compassion infusent le monde.

C’est l’UN qui Est – qui devient

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En résumé … J’espère que vous avez vu comment fonctionne le mécanisme douleur- souffrance et comment le déjouer.

1° temps : perception ressenti-douleur

2 – le mental vient voir ce qui se passe – nomme – saisit -> réaction -> souffrance

3° – L’attention Perceptive dirigée sur ressenti-douleur – dénoue le nœud – stoppe le mental = non-saisie = ouverture -> joie et liberté.

 

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